02 Jun, 2020
mardi, 17 mars 2020 17:08

COVID 19: Entre mesures restrictives, confusions et incapacités au niveau de la frontière Spécial

Tôt, ce 17 mars 2020, les barrières du point frontalier Malpasse/Jimani sont fermées Tôt, ce 17 mars 2020, les barrières du point frontalier Malpasse/Jimani sont fermées Photo : Geordanis Joseph

Le chef du gouvernement a annoncé, le 15 mars 2020, plusieurs mesures pour prévenir l’entrée du virus COVID-19 sur le territoire haïtien. Parmi ces mesures, la fermeture de la frontière entre Haïti et la République dominicaine a été priorisée pour le lundi 16 mars, à minuit. Le manque de précision autour de la communication de cette  décision  semble semer la confusion au niveau des communautés frontalières…

Tôt ce mardi 17 mars, les locaux logeant les Bureaux de Douane et de l’Immigration étaient totalement fermés dans les points officiels de Malpasse et Ouanaminthe. Les fonctionnaires publics, notamment les agents de l’immigration qui travaillent au niveau de la frontière sont absents. De loin,  les portails dominicains restent ouverts, facilitant l’entrée ou la sortie des usagers de la frontière.  Au niveau de Carizal, les fonctionnaires sont présents mais les barrières de ce point restent fermées. Les agents de santé sont là, mais très peu de personnes font dépistage du Covid-19.

La décision du gouvernement de fermer la frontière avec la République Dominicaine a fait son effet. Mais les gens ne saisissent pas vraiment la teneur de cette décision par rapport au fonctionnement des marchés frontaliers qui demeurent une activité capitale pour les gens de la frontière.

Notons que le lundi 16 mars 2020, un jour de marché frontalier, les activités commerciales ont été réalisées dans tous les points frontaliers officiels et non officiels. Les transporteurs assurant le trajet Haïti et République dominicaine ont travaillé comme à l’accoutumée.  Les usagers et usagères de la frontière se sont bousculés, essayant de franchir les barrières qui séparent les deux Etats voisins. La première observation qui saute aux yeux, c’est la difficulté de tester toutes les personnes qui fréquentent les marchés frontaliers en raison de l’affluence constatée dans les points frontaliers Carizal/Elias Pina,  Malpasse/ Jimani et Ouanaminthe/Dajabon.

Au point frontalier Carizal /Elias Pina, à Belladère (Centre), certaines mesures sont adoptées du côté d’Haïti, mais elles restent insuffisantes. Trois agents de santé sont placés dans les locaux où sont logés les bureaux de la Douane et de l’immigration. Ils procèdent à un test de dépistage pour  toutes les personnes (Haïtiens ou étrangers) qui viennent de la République dominicaine. Des matériels de sensibilisation leur sont aussi distribués.

Toutefois, quelques faiblesses étaient visibles. Seuls les ressortissant-e-s haïtiens munis de passeports ont pu subir le test. Au niveau de la porte d’entrée du côté d’Haïti, aucune disposition n’est prise afin de tester les usagers de la frontière qui n’ont pas de passeport, alors qu’ils constituent la majorité de ceux et celles qui traversent la frontière. De plus, tous les agents ne disposent pas d’équipements pour se protéger comme c’est le cas des agents de l’Office national de la migration (ONM) qui accueillent quotidiennement les rapatrié-e-s. Ils n’ont pas de matériels de prévention comme masques, gants, gels hydro alcooliques, serviettes jetables, etc. 

A Malpasse/Jimani (Ouest) les observations étaient moins décevantes. Mais il y avait aussi moins de fréquentations. Les tests de dépistage touchent quasiment tout le monde, mais les agents de santé arrivent très tard par rapport à l’ouverture du marché. Des groupes tels que les cambistes, les marchandes de nourritures, les chauffeurs de taxis motos et des membres de la communauté discutent de la décision du gouvernement haïtien de fermer officiellement la frontière. « Comment allons-nous survivre ? », se questionnent-ils/elles.

Au niveau de Ouanaminthe/Dajabon (Nord Est), un embouteillage monstre a été observé. Les camions de marchandises faisaient de longue file d’attente. Les Dominicains procèdent au test de dépistage par groupe de 15 ou de 20 personnes. Les gens exprimaient leur impatience. Les marchand-e-s et d’autres acheteurs qui ne pouvaient plus attendre ont emprunté la route passant par la rivière Massacre, trompant ainsi la vigilance des autorités. Ce qui n’est pas un fait nouveau.

Du côté d’Haïti, les tests de dépistage se font au bureau de l’immigration de ce point frontalier. Ce qui fait que les travailleurs journaliers, les marchand-e-s et acheteurs ne disposant pas de passeports ni de visa n’ont pas pu bénéficier de ce test.

Anse-à-Pitres/Perdenales (Sud-est), est le point frontalier où il y a moins de transactions par rapport aux autres points officiels. Le GARR a observé que le marché frontalier fonctionne comme d’habitude. Une équipe d’agents de santé fait le test de dépistage à tout le monde. Toutefois les gens de la communauté ne sont pas mieux informés par rapport au risque de propagation de la maladie du Covid-19 et la décision de fermer la frontière.

Soulignons que lors d’une conférence de presse en date du 15 mars 2020, le Premier Ministre haïtien Joseph Jouthe a annoncé la fermeture de la frontière entre Haïti et la République dominicaine dès le lundi 16 mars à minuit. Toutefois, le chef du gouvernement  n’a pas mis de restrictions concernant le transport des marchandises en provenance du territoire dominicain. Car selon lui,  cela  ne nécessite pas la présence de beaucoup de personnes.

 « C’est une question de sécurité nationale. Nous conseillons à tout le monde d’éviter les attroupements. Notre objectif c’est zéro mort du coronavirus. Prenez des précautions, s’il vous plaît. », a-t-il déclaré.

La frontière  est une zone d’activités commerciales. Les marchés frontaliers sont des espaces d’attroupement sans oublier les centaines de migrant-e-s qui arrivent à la frontière lors des opérations de rapatriement et autres. Il n’est pas tout à fait clair si le Premier ministre faisait référence également aux marchés.

Par rapport aux mesures de « contrôle » mises en place pour les points frontaliers, l’on se demande si les nombreux points de passage non officiels ne sont pas aussi concernés. Il revient donc aux autorités haïtiennes de faire la lumière sur la question. A rappeler que quatorze communes frontalières concentrent à elles seules la majorité des points de passage entre les deux Etats partageant l’Île. Pourtant, l’observation du GARR a montré que les gens savent très peu de la maladie et ne sont pas informés des mesures restrictives du gouvernement et des tests de dépistage sont disponibles seulement dans les points officiels.

Face à ce constat, le GARR invite les autorités haïtiennes, en particulier le chef du gouvernement, à prendre les mesures suivantes pour un meilleur atterrissage de sa décision en vue de prévenir l’introduction et la propagation du COVID-19 en Haïti :

  • S’assurer de la circulation d’une communication claire, adaptée à la réalité frontalière et aux différents groupes concernés.  Plus spécifiquement dire clairement si les marchés frontaliers sont concernés ou non par les mesures concernant le transport de marchandises à la frontière.
  • Fournir des équipements de protection adéquats aux agents qui travaillent à la frontière ;
  • Renforcer les relations avec les autorités locales de toutes les communes frontalières pour que les consignes puissent être respectées dans les points officiels aussi bien que dans les points non officiels. 
  • Utiliser les structures communautaires pour activer la sensibilisation sur les comportements à adopter face à la maladie dans les sections communales.

Sans l’accompagnement approprié, le GARR craint que les mesures restrictives annoncées pour la frontière ne contribuent pas à augmenter la contrebande et les risques d’entrée du COVID-19 dans le pays.

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Dernière modification le mardi, 17 mars 2020 17:31

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